Améliorer la perception des acouphènes grâce au neurofeedback dynamique

Cette étude multicentrique (Milan–Palerme) vise à évaluer l’efficacité de NeurOptimal® comme outil thérapeutique non invasif pour des patients souffrant d’acouphènes subjectifs depuis au moins un an, sans pathologie psychiatrique ou neurologique associée et sans cause somatique évidente expliquante (hors surdités de perception). NeurOptimal® est décrit comme un entraînement de « neuromodulation spontanée » basé sur l’EEG, qui n’impose pas de protocoles de fréquences cibles, mais fournit des feedbacks auditifs ultra-brefs (coupures de musique) dès que le logiciel détecte des variations rapides de l’activité corticale, afin de favoriser la self‑régulation via neuroplasticité et apprentissage.

Méthodes et population

Les auteurs ont recruté 209 patients avec antécédent d’acouphènes entre 2017 et 2022, dont 64% d’hommes, âge majoritairement entre 45 et 64 ans, et 73% avec des acouphènes évoluant depuis moins de deux ans. Sur le plan audiologique, 64% sont normoacousiques, 22% présentent une hypoacousie de perception légère et 14% une hypoacousie de perception sévère ; les acouphènes sont le plus souvent unilatéraux, de type « sifflement », persistants, avec 55% d’atteintes attribuées à une désafférentation auditive et 45% à une origine « cross‑modale » centrale.

Chaque patient suit 30 séances de NeurOptimal® sur 10 à 15 semaines (environ 33 minutes par séance), avec enregistrements EEG, écoute de musique et feedbacks auditifs automatiques. L’évaluation repose sur trois auto‑questionnaires à T0 (avant) et T3 (après 30 séances) : THI (Tinnitus Handicap Inventory), DASS‑21 (dépression, anxiété, stress) et PSWQ (Penn State Worry Questionnaire), avec analyses des moyennes, des classes de sévérité et tests t appariés.

Résultats principaux

Dans un premier temps, un mini essai test–contrôle sur deux groupes de 20 patients (30 séances avec feedback réel vs « faux feedback » musical non lié à l’EEG) montre une diminution plus marquée des scores THI, DASS‑21 et PSWQ dans le groupe entraînement standard, ce qui motive la poursuite de l’étude observationnelle.

Sur les 115 patients ayant complété les 30 séances, le score moyen THI passe de 48,9 à 38,3, soit une diminution de 22% (p < 0,0001), avec un recul de la catégorie « catastrophique » (15% à 7%) et une augmentation de la catégorie « nulle » (7% à 24%). Pour la DASS‑21, la dépression moyenne baisse de 6,7 à 4,7 (−29%, p < 0,0004), l’anxiété de 4,7 à 3,3 (−29%, p < 0,001) et le stress de 8,3 à 6,5 (−22%, p = 0,0004), avec, dans chaque dimension, au moins 50–60% des sujets basculant vers une classe de sévérité inférieure. Le PSWQ diminue de façon plus modeste (49,0 à 46,1 ; −6%, non significatif), avec une légère réduction de la proportion de patients « hautement inquiets » (16% à 11%) et une hausse des scores faibles.

Sur un sous‑échantillon de normoacousiques, les auteurs examinent le rapport d’amplitude V/I de l’ABR (potentiels évoqués auditifs du tronc cérébral) et observent des baisses de scores plus importantes chez les sujets avec V/I « inversé » (hyperactivité centrale probable) que chez ceux avec V/I normal, ce qui suggère un effet plus marqué quand les réseaux centraux sont impliqués. Des suivis à 6, 12 et 24 mois (petits effectifs) montrent que les diminutions des scores THI, DASS‑21 et PSWQ se maintiennent globalement dans le temps, avec des variations restantes de l’ordre de −18 à −29% par rapport au T0 selon les dimensions.

Discussion et mécanismes proposés

Les auteurs interprètent l’ensemble comme un effet de neuromodulation centrale : NeurOptimal® n’élimine pas l’acouphène lui‑même, mais réduirait la perception subjective, l’attention portée au signal et la charge émotionnelle via un « recadrage » des réseaux fronto‑limbiques impliqués dans l’évaluation du stimulus. Le mécanisme repose, selon eux, sur la confrontation répétée du cerveau à une incohérence sensorielle (micro‑coupure musicale synchronisée aux changements EEG), qui déclenche une réponse d’orientation et des micro‑réorganisations cumulatives, améliorant la flexibilité dynamique du système nerveux central.

Ils soulignent néanmoins plusieurs limites : étude principalement observationnelle, absence de randomisation systématique à grande échelle, petite taille des sous‑groupes de suivi et risque de facteurs confondants (effet non spécifique, régression à la moyenne, etc.). Ils insistent donc sur le caractère préliminaire de ces résultats et appellent à des essais contrôlés plus robustes afin de confirmer l’efficacité et de mieux préciser les profils de patients qui en bénéficient le plus.

Conclusion de l’étude

Les auteurs concluent que l’entraînement NeurOptimal® améliore de façon cliniquement et statistiquement significative le handicap lié aux acouphènes ainsi que les niveaux de dépression, d’anxiété et de stress, sans supprimer le signal acouphénique mais en diminuant sa gêne et sa saillance attentionnelle. Les améliorations observées après 30 séances semblent en partie durables sur 6 à 24 mois dans les petits échantillons suivis, ce qui renforce l’hypothèse d’une réorganisation centrale stable basée sur les principes de self‑régulation, neuroplasticité et apprentissage, et positionne NeurOptimal® comme un outil d’appoint prometteur pour la prise en charge multidimensionnelle de l’acouphène.

L’étude complète accessible via ce lien :

https://biomedres.us/pdfs/BJSTR.MS.ID.008516.pdf

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